Robin Revest est aspirant-guide de haute montagne. Il vient juste de partir pour une nouvelle expédition au Pérou avec quelques uns de ces fidèles acolytes. Des rêves de hautes altitudes et de découvertes, il n’en reste pas moins fidèle aux belles parois de son sud natal. Itinéraire d’un jeune touche-à-tout prometteur…
Une interview exclusive pour Montagnes Reportages

Crédits photos : Max Bonniot, Yann Borgnet, Christophe Moulin, Christian Revest, Fred Vallet.

Montagnes Reportages : Tu es originaire de quel coin ? Comment es-tu venu à la montagne ?

Robin Revest : Je suis originaire de Toulon où j’habite toujours. C’est mon père qui m’a amené à la montagne quand j’avais neuf ou dix ans. Il en faisait beaucoup quand il était jeune et ensuite il s’y est remis quand je m’y suis mis assez sérieusement. On faisait des voies normales comme Roche Faurio, le Dôme des Ecrins, Pic Neige Cordier… Je m’y suis ensuite mis plus sérieusement à l’âge de seize ans. J’ai alors commencé à viser des plus grandes courses.

Tout jeune, tu avais déjà l’idée de faire le métier de guide ?

Quand j’étais enfant, non. C’était plus pour découvrir mais au fur et à mesure, ça s’est un peu profilé quand j’étais au collège. Lorsque j’ai vu que ça me plaisait beaucoup, je me suis dit pourquoi pas en vivre et un jour emmener des gens en montagne.

Quels sont les alpinistes ou grimpeurs qui t’ont influencé à cette époque ?

Au travers des livres dans le milieu de l’escalade, il y a eu Patrick Edlinger. En plus il était de Toulon. Ensuite il y a eu Desmaison par rapport aux hivernales et à toutes ces voies mythiques qu’il a ouvertes dans les Alpes et qu’on rêve de faire un jour ou l’autre. Plus récemment, ça a été la génération avec Stéphane Benoist, Patrice Glairon-Rappaz,... qui font de l’alpinisme dans les Alpes et en Himalaya avec une approche de la montagne que j’aime. Ce qu’ont fait Stéphane Benoist, Yannick Graziani et Ueli Steck en Annapurna récemment, ça me fait super rêver. Ce sont des gens qui m’inspirent.

Quel est ton cursus ?

Comme bon montagnard, je n’aimais pas trop les cours, alors j’allais plutôt en montagne [rires]. Je suis quand même allé jusqu’au BAC STG. Ensuite je me suis vraiment consacré à la montagne en faisant beaucoup d’alpinisme pendant deux ou trois années. J’ai ensuite préparé ma liste de courses pour le guide et je me suis présenté à l’examen probatoire en 2011.

Quels types de courses fais-tu avec tes clients… Qui sont-ils ?

Je fais vraiment un peu de tout et je prends vraiment tout ce qui se présente. Mais je ne suis pas encore un fou du boulot en tant que guide et je préfère faire de l’alpinisme encore pour moi. Je travaille un petit peu dans le sud en rocher, dans les Calanques ou dans des grandes voies au Verdon. L’été en montagne, dans les Ecrins comme au Pelvoux, la voie normale du Dôme des Ecrins. Je fais pas mal de voies normales, des stages mont Blanc et les classiques de Chamonix dans un niveau pas trop dur. Ce sont des clients que j’ai rencontrés par le biais de la compagnie des guides du bureau des Ecrins. Par la suite j’arrive à en reprendre certains indépendamment.

Quels sont tes massifs privilégiés ?

J’aime bien les Ecrins car c’est là-bas que j’ai découvert l’alpinisme, et notamment l’alpinisme difficile. Du coup, à chaque fois que j’y retourne ça me rappelle un peu mes souvenirs d’il y a quelques années. C’est un coin que j’aime vraiment beaucoup par son côté sauvage, ses voies un peu secrètes pas trop répétées où il n’y a pas trop d’infos. Tout ça donne à ce massif une aura un peu particulière. Ensuite pas loin de chez moi il y a le massif du Mercantour où j’aime bien aller l’hiver et aussi l’été pour faire des choses en rocher.

Tu connais un peu moins le massif du mont Blanc ?

J’y ai un peu moins grimpé que dans les Ecrins et j’ai un peu moins de souvenirs là-bas. Mais j’apprécie aussi beaucoup. C’est quand même là-bas qu’on trouve ces grandes voies mythiques, les Grandes Jorasses, l’Envers du mont Blanc...

Equiper te plaît ?

Oui, carrément. J’ai un perfo et j’équipe à Toulon et un peu dans des grandes voies dans le coin depuis un an et demi. J’aimerais bien aussi partir en voyage pour découvrir des falaises et équiper mais ça sera pour un peu plus tard !

Qu’est-ce qui t'intéresse dans ce métier de guide ?

Faire découvrir aux autres un petit peu ce qu’on ressent quand on va en montagne, le plaisir de l’effort, l’engagement et l’investissement que ça nécessite, sans oublier tous ces beaux moments comme un lever de soleil ou une soirée dans un refuge. Tous ces instants que j’aime partager avec des amis, les faire découvrir à des personnes qui ne sont pas ou peu du milieu, partager, transmettre, c’est quand même sympa. J’aimerais aussi plus tard pouvoir emmener des clients dans des grandes courses difficiles, ça me ferait plaisir aussi car là, c’est encore un autre engagement.

Tu as déjà fait deux expés, c’est une expérience qui t’a plu ?

Oui, ces deux expés ont été une super expérience pour moi parce que j’ai vécu des choses encore plus fortes que dans les Alpes par le biais de l’altitude et de l’engagement. Une expé te fait découvrir des nouveaux endroits, des nouveaux sommets et tu te rends alors compte qu’il y a plein de faces dans le monde à grimper, c’est hallucinant. Ma première expé s’est passée dans le cadre du Groupe Excellence Alpinisme National (GEAN). On était encadré par Christophe Moulin et Frédéric Gentet. C’était convivial et super sympa, on était huit. On a fait une belle expé où on a pu ouvrir deux jolies voies de mixte dans les faces Est du Bear Tooth et du Moose's Tooth. J’ai fait ma deuxième expé en Argentine avec Hélias Milleroux mais là c’était une autre approche, un autre engagement où l’on comptait que sur nous-mêmes. On n’avait plus les coachs derrière nous pour nous dire ce qu’il fallait faire. Comme première expérience avec l’acclimatation, c’était fort et ça nous a fait découvrir le monde de la haute altitude... 7000m c’est déjà bien et c’est une face quand même assez engagée.

Parle le moi maintenant de ta nouvelle expé 2014…

On part au Pérou le 23 avril pour six semaines dans la cordillère HuayHuash qui se trouve en-dessous de la cordillère Blanche. L’objectif est d’essayer d’ouvrir une voie, voire deux voies de mixte ou de glace sur des beaux sommets comme le Siula Chico ou le Yerupaja. On a repéré aussi un autre sommet dans la cordillère Blanche qui s’appelle le Taulliraju. On n’est pas encore très fixés sur les objectifs. Ce sont des sommets qui culminent à 6000m, voire un peu plus même. Nous sommes quatre, Benjamin Guigonnet, Fred Degoulet et Hélias Millerioux avec qui je ferai cordée.

La haute altitude t’intéresse ?

Ah oui carrément ! Tu te demandes quelles sensations tu peux avoir quand tu montes à 7000m d’altitude, et ensuite quand tu y es, tu as envie de monter un peu plus haut pour voir ce qui se passe. Tu te rends compte que c’est dur mais en même temps, ça invite à la curiosité. Je rêve vraiment d’aller en Himalaya sur des beaux 8000 quand j’aurai un peu plus d’expérience à mon actif.

Quel est ton point de vue sur ces sommets himalayens commerciaux ?

Je ne partage pas trop cette vision de l’alpinisme où il y a beaucoup de gens qui se tirent principalement sur des cordes déjà en place. Ça fait un peu cliché ce que je dis, en tout cas ce n’est pas ma façon de faire de l’alpinisme. Et puis le fait qu’il y ait beaucoup de monde et que ça soit commercial, enlève le cachet sauvage de la montagne, même si ça reste malgré tout engagé. Je respecte quand même ceux qui y vont et qui le font parce qu’il faut quand même le faire, ce n’est pas facile.

Tu évoquais tout à l’heure Ueli Steck, que penses-tu de ses réalisations ?

Chapeau bas pour ce qu’il fait ! Je trouve ça génial qu’il porte et développe l’alpinisme de haut niveau et qu’il soit toujours en quête de nouveaux défis. La preuve, c’est qu’il arrive maintenant à grimper une face comme l’Annapurna en trente heures aller-retour, alors qu’avant il fallait quatre mois d’expés, et encore… avec une corde fixe pour arriver au sommet. C’est vraiment le développement de l’alpinisme poussé à son maximum.

Tu penses qu’on peut aller encore plus loin dans la performance ?

Oui. Il y aura toujours des nouveaux défis de plus en plus difficiles à réaliser. On voit bien que les projets d’Ueli Steck sont de plus en plus importants. L’Annapurna a été un peu l’apothéose et je pense que la performance va encore se développer en termes de rapidité, d’acclimatation, et d’entraînement aussi. Ueli est un des seuls qui s’entraîne vraiment d’une manière hyper calée, comme on peut le faire en athlétisme ou d’autres sports de haut niveau. Après, il y aura surement d’autres jeunes qui vont arriver, s’entraîner et pousser encore plus loin le niveau.

Tu pratiques d’autres activités en montagne… des sports aériens ?

Non, je ne pense pas que j’en ferai car ça m’impressionne et ça ne m’attire pas des masses. Je fais un petit peu de course à pied par période, je suis un peu touche-à-tout – j’ai même fait un petit peu de rallye automobile ! – mais ce que je préfère est bien sûr l’alpinisme et l’escalade. J’aime aussi la photographie. J’aime ramener des belles images de montagne. J’attends d’ailleurs de passer le diplôme de guide, le stage final en août, et si je le valide, je me pencherai sur la question pour faire une école de photo.

> Le site web de Robin Revest ici

Montagnes Reportages © 2014. Tous droits réservés. All rights reserved