Tout commence par une parole en l'air, lâchée comme un lapsus, comme on avoue un fantasme, à voix basse, à mi chemin entre humour, raison et folie! Sauf que cette fois, la voie trouve un écho. La voie ? C'est le Flocon de Koch. Et l'écho, c'est Ben ! Mon court passif avec cet homme me pose des questions. La plupart du temps que j'ai partagé sa corde, je m'en suis décordé...! Sombre logique, la sainte image de la Cordée en prend un coup. Quand l'adrénaline atteint sa saturation, qu'il n'y a plus que notre souffle pour essayer de calmer ces impuissantes sensations que le corps et que le support nous envoient. A ce moment précis, même si la vis du Reverso est déjà dégoupillée, je ressens la Cordée comme jamais.
La réalité du risque, à ce stade, c'est le troisième larron. On lui a bien dit de venir avec nous. C'est nous qui l'avons invité en buvant une bière, ou en rentrant d'une journée de rêve à Gramusat. Pour la prochaine sortie, pour l'année prochaine, pour le prochain fantasme qu'on veut devenir réalité. Grimpant à côté de nous en solo, ou bien vissé dans les tonnes du mastodonte que l'on piquouille, le risque fait partie prenante de notre progression. Réel mais risqué, loin des jeux vidéo dont j'ai été fan, gamin. Ici je veux me sentir vivre, ne surtout pas voir YOU WIN s'afficher en rouge sanglant sur un écran vide. Encore moins pouvoir lire GAME OVER. Vivre, m'exprimer par mes gestes, mes anticipations, mes erreurs. >la suite
> La réaction de Lionel Daudet  

Montagnes Reportages : Ça t’a fait plaisir que Max Bonniot et Benjamin Guigonnet répètent la voie ?

Lionel Daudet : Oui, carrément ! J’étais super content, ça fait toujours plaisir. Il y a actuellement une belle dynamique de jeunes qui ont envie de s’exprimer, de faire des choses sans se prendre la tête et qui prennent du plaisir dans leur histoire, c’est bien. C’est quand même une belle réalisation, ce ne sont pas des cotations de dry ultimes mais la qualité du rocher, le devers, l’ambiance, le fait que tu n’as pas de retraite possible, tout cela fait que tu te retrouves dans un univers sérieux.
C’était un peu notre volonté quand on a ouvert cette voie avec Philippe Batoux, de mettre des spits à certains endroits pour que des jeunes de plus en plus forts arrivent à la libérer et à grimper en libre dedans. On a essayé d’ouvrir dans une optique que ça puisse être répété derrière. Max est donc venu me voir pour avoir des infos et défricher un maximum. Je lui ai passé mes photos et décrit au maximum les longueurs pour que ça soit le plus précis possible sachant qu’ils ont quand même eu un gros parfum d’aventure, dans la longueur en 6a, il y a tout un pan de roches qui s’est éboulé et ils ont été obligés de re-spiter et remettre des points à cet endroit-là.
Visiblement ils n’ont pas eu de bonnes conditions, il faisait trop chaud – contrairement à nous où il faisait -17° au parking de Fressinières ! – Ces jours-là on mangeait dehors à l’Argentière tellement il faisait bon. Ils se sont fait un peu peur avec cette chaleur et ces conditions, mais du coup ils ont fait un beau voyage chez eux. Trois jours avec le portaledge, ils se sont quand même bien engagés, car à partir du moment où tu arrives à un certain endroit, tu ne peux plus trop redescendre, contrairement à nous qui avions mis des cordes. Je suis allé les voir plusieurs fois pour les prendre en photos. J’ai même croisé d’autres glaciairistes du coin, c’était sympa de les voir accrocher à leur paroi.
Au retour ils étaient un peu fracassés, avec une descente épique dans "les Racines du Ciel" qui est une grande cascade à droite du
"Flocon". Ils se sont fait un peu peur en bas car il y avait des grosses coulées qui sont tombées dedans et heureusement qu’ils étaient déjà sortis de la cascade, autant ils auraient pu se faire embarquer, c’était quand même chaud-bouillant !

Répétition de la voie : "Le Flocon de Koch". Freissinières
Max Bonniot et Benjamin Guigonnet. 7 mars 2013
Crédit photos et vidéo : Max Bonniot et Benjamin Guigonnet / Textes : Max Bonniot