Une course dont je rêvais depuis longtemps, après avoir lu et relu des topos et vu des images de cette magnifique arête, suspendue au-dessus d'un des plus beaux coins du massif du Mont Blanc, la combe maudite. Cette course fait partie des grandes classiques indémodables de par leur esthétisme tout comme la Meije, la Verte, ou le grand Capucin dans un autre style... J'en rêvais mais je ne me sentais pas d'aller en tête sur ces arêtes effilées, dans du vrai terrain montagne ou il faut avoir le pied alpin et savoir tenir solidement sur ses deux jambes, et ou la faute de cramponnage est proscrite.
Du coup, afin d'être en sécurité et de profiter de cette sortie je suis parti avec un guide, Antoine Cayrol, installé dans le Cantal après avoir passé des années au GMHM, corps d'élite de l'armée de terre dédié à l'alpinisme. Avec Antoine, j'étais rassuré. Il tient la corde solidement du haut de son mètre quatre-vingt-dix et de ses solides épaules. Le plus dur n’était pas les arêtes mais de suivre le rythme !
Ça a été top ! Pas de souci d'assurage ni de repérage d'itinéraire, pas de stress pour les passages en tête expo de nuit. Antoine m'a permis de bien me faire plaisir et de ne pas avoir peur alors que je suis habituellement stressé par des passages aériens en arêtes peu protégeables. J'ai aussi appris une leçon en ce qui concerne l'assurage en mouvement et la rapidité-efficacité en montagne en corde tendue, Antoine n'a utilisé que 3 ou 4 sangles... pas besoin d'un jeu de friend (enfin dans les conditions où on a parcouru cette arête quasi toute en neige avec de très brefs passages mixtes).
On est parti à deux heures des Cosmiques après un réveil matinal à 1h00. On a traversé la combe Maudite et on a fait toute la première partie de nuit jusqu'à l'Androsace. J'ai cru qu'on allait tout faire de nuit... La demi-lune en neige, si aérienne sur les photos l'est beaucoup moins en vrai, surtout qu'il y avait des grosses marches.
A la traversée sous l'Androsace il y avait du monde parti avant nous de la Fourche et du Torino, ça bouchonnait pas mal et j'ai dû attendre plus d'une heure à un relais au milieu de la traversée. Ensuite j'ai pu prendre de belles photos de l'arête. On a bien avancé jusqu'à l'épaule en remontant des pentes de neige et passages mixtes, de là il reste encore un peu de chemin avant d'atteindre le sommet du Maudit en traversée. On était au sommet vers 9h. Super souvenirs, descente sans souci, malgré un coup de moins bien dû à la chaleur au moment de la remontée à l'aiguille du Midi.
   
 
Arête Kuffner [7 juillet 2013]
Crédit photos et texte : Laurent Frégeac